Les 5 principales barrières qui empêchent de consulter en rééducation périnéale et pelvienne – Physio Pelvienne, Noémie Séguin Physiothérapeute

Les 5 principales barrières qui empêchent de consulter en rééducation périnéale et pelvienne

Par Noémie Séguin | Démystifier la Rééducation Périnéale et Pelvienne

Oct 24

La rééducation périnéale et pelvienne est une branche de la physiothérapie qui est émergente en Amérique du Nord. En sept années dédiées entièrement à cette expertise, j’ai vu une évolution fulgurante dans le nombre de demandes de consultation à la clinique. Le plus beau dans tout cela réside dans le fait que les consultations se font de plus en plus de manière préventive : les mamans viennent consulter de façon plus précoce après l’accouchement et elle commence même à venir consulter durant la grossesse.

Malgré cette progression, la consultation en physiothérapie pelvi-périnéale durant la période périnatale ou même plus tard, lors de l’apparition des symptômes secondaires (incontinence urinaire, descente de vessie, séparation des abdominaux, etc.) est loin d’être la norme dans notre société. Pourtant, sur le continent européen, les femmes se font référer de façon quasi automatique vers de la réadaptation après l’accouchement, et ce depuis plusieurs décennies déjà. Je me suis questionné longuement sur cette disparité et sur les raisons pour lesquels nous accusons un retard aussi important au niveau de la réadaptation périnatale. Au cours de cette réflexion, 5 grandes raisons me sont parues évidentes :

#1 - Les gens ne savent tout simplement pas que la rééducation abdomino-pelvienne existe!

  • La plupart des personnes qui viennent à la clinique n’avaient jamais entendu parler de l’existence de la rééducation périnéale avant que leur médecin ou leur ami leur conseille de venir consulter.
  • La majorité des médecins n’ont aucune idée en quoi consiste une rééducation pelvienne. De mon expérience, les médecins qui viennent consulter en clinique sont toujours impressionnés par nos connaissances et notre expertise et deviennent nos meilleures références par la suite.
  • Les entreprises qui vendent des protections pour les fuites urinaires ainsi que l’industrie pharmaceutique sont très agressives dans leur publicité et ont des budgets promotionnels élevés. La physiothérapie étant régie par un ordre professionnel, nous avons des règles strictes à respecter en matière de publicité. De plus, comme les physiothérapeutes sont souvent de petites entreprises, le budget publicitaire est limité et dispersé. La physiothérapie se retrouve donc dans une situation qui ressemble à la bataille de David contre Goliath!

#2 - Les mamans pensent qu’elles n’ont pas besoin de réadaptation, que les choses semblent être retournées dans l’ordre.

  • En effet, les mamans ont tendance à se fier à l’évaluation faite par leur médecin au suivi après l’accouchement. Cependant, la plupart des médecins n’ont pas de formation dans leur curriculum pour évaluer les capacités musculaires et fonctionnelles de cette région. Ils vérifient surtout l’intégrité et la récupération des tissus endommagés pendant l’accouchement, le retour à la normale de l’utérus et l’absence de problèmes majeurs qui pourraient mettre en danger la santé immédiate de la maman.
  • La grande majorité des symptômes liés à une grossesse et un accouchement apparaissent plusieurs années après l’évènement et le risque augmente avec le nombre de bébés. S’assurer d’un bon retour à la normale est donc essentiel entre les grossesses, cela minimise le risque de symptômes d’une grossesse à l’autre. De plus, les mamans me rapportent souvent se sentir plus en forme dans les grossesses suivantes lorsqu’elles ont fait une réadaptation et ont maintenu un niveau de forme physique comme je leurs avais conseillé!
  • Les mamans d’aujourd’hui sont de plus en plus actives et veulent retourner à leurs activités rapidement après l’accouchement. Les cours mamans-bébés sensibilisent à l’utilisation des muscles du plancher pelvien et du transverse de l’abdomen dans le cadre du cours, mais cela ne représente pas une réadaptation en soi. Ces cours n’enseignent pas quand, comment et pourquoi utiliser ces muscles. Les femmes de la génération avant nous (nos mères) étaient beaucoup moins actives et plusieurs présentent des problèmes. Je n’imagine pas à quoi les symptômes pour notre génération d’adepte de course à pied, CrossFit, cardio plein air, etc. vont ressembler dans quelques années si nous n’agissons pas en prévention!

#3 - Les femmes sont gênées d’aller voir une physiothérapeute experte en rééducation périnéale.

  • C’est vrai qu’il peut être gênant de parler de ce type de problème à un parfait inconnu au début, parfois les femmes n’en ont même pas parlé à leur propre conjoint avant de se confier à nous. Je tiens à dire à ce propos que nous sommes des professionnels au même titre qu’un médecin ou un psychologue. Notre rôle numéro un est d’abord et avant tout de mettre à l’aise le client. Les sujets délicats sont abordés de façon graduelle et dans un climat de respect en considérant les limites de la personne devant nous.
  • Certaines personnes sont rebutées à l’idée d’avoir à se dénuder pendant les rencontres. Cependant, aucun physiothérapeute ne vous demandera de vous dénuder dans les premières minutes de la rencontre initiale. De mon côté, sauf exception, je ne fais l’examen gynécologique qu’à la deuxième rencontre afin de permettre de briser la glace en développant une relation de confiance avec la cliente. En outre, personne ne se retrouve complètement nu dans la pièce, il y a toujours un drap ou une jaquette pour recouvrir le corps et nous ne dénudons que la partie nécessaire. D’ailleurs l’examen gynécologique n’est pas toujours essentiel (mais souvent recommandé) dépendamment des raisons de consultation.

#4 - Les traitements en physiothérapie sont dispendieux et toutes les mamans n’ont pas les moyens financiers pour se permettre une réadaptation périnéale.

  • C’est une réalité ici au Québec, à moins de bénéficier d’assurances privées avec son employeur, il est difficile d’obtenir un remboursement pour les frais de physiothérapie en clinique privée.
  • Les services existent dans les établissements publics, mais sont rares et souvent réservés à une clientèle ayant des conditions plus sévères (cancer, chirurgie). Il existe aussi des programmes de recherche universitaires qui font des études sur la réadaptation périnéale et pelvienne notamment à Sherbrooke ou Montréal et qui occasionnellement recrutent des personnes afin de leur offrir des traitements sans frais.
  • Je suis extrêmement sensibilisée à cette réalité, provenant moi-même d’un milieu modeste, je comprends à quel point l’argent peut être un facteur limitant. Même si on dit souvent que la santé n’a pas de prix, certaines personnes n’ont pas le loisir de se payer ce «luxe»!

#5 - Les mamans manquent de temps pour faire les exercices et être assidues dans leur réadaptation pelvienne.

  • Le temps passe tellement vite, surtout lorsque l’on devient parent. Les premiers temps, nous peinons même parfois à prendre une douche et dormir un nombre d’heures acceptable. Alors, se déplacer à des rendez-vous de physiothérapie en plus des suivis pour bébé n’est pas toujours prioritaire et avec raison.
  • Il n’y a pas de date d’expiration pour entreprendre une réadaptation pelvienne, on peut même avoir d’excellents résultats 20, voire 30 ans plus tard. Toutefois, plus une problématique est prise tôt, plus la récupération risque d’être optimale, à condition évidemment de faire les exercices à la maison.
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    Les exercices de réadaptation du périnée et des abdominaux demandent de l’assiduité dans les premières semaines, mais l’objectif est de les intégrer rapidement dans les activités quotidiennes et sportives. De plus, ces quelques minutes par jour prises pour faire les exercices au début pourront être intégrées de façon durable dans la routine afin de prendre un peu de temps pour soi chaque jour, chose que toute maman a le droit de s’offrir à mon avis!

En résumé, tous ces motifs sont très compréhensibles et malgré une meilleure accessibilité des services en Europe, plusieurs femmes s’empêchent tout de même de consulter pour certaines de ces raisons. C’est ce qui m’a principalement poussée à mettre sur pied ce blogue qui est tout à fait gratuit ainsi que des programmes en ligne encadrés à moindre coût, que l’on peut faire à son rythme dans le confort de sa maison. En mettant de l’information de qualité à disposition de tous, je permets de repousser plusieurs de ces barrières et ainsi faire ma part comme professionnelle de la santé dans l’amélioration de la qualité de vie des mamans. Une cause, qui, vous l’aurez peut-être deviné si vous me suivez depuis quelque temps, me tient particulièrement à cœur!

En terminant, j’aimerais savoir de votre côté quelles sont les barrières qui vous empêchent d’envisager une réadaptation périnéale et pelvienne? Je vous invite à l’inscrire dans la boîte de commentaire, car le seul fait d’en parler ouvertement permettra petit à petit de faire tomber les tabous pour qu’ensemble nous puissions rendre la santé pelvienne plus accessible à tous!

À propos de l'auteur

Noémie Séguin est physiothérapeute depuis plus de 10 ans, elle a développé une expertise en Rééducation Périnéale et Pelvienne en allant suivre une formation de 2e Cycle Universitaire dans cette discipline. Elle a fondée la clinique Physio Pelvienne en 2012 et aidé des milliers de personnes à retrouver leur qualité de vie. Passionnée et ayant à coeur que cette expertise devienne plus connue et accessible, elle poursuit sa mission à travers ce blogue informatif et le développement de programmes de réadaptation en ligne en plus de poursuivre sa pratique clinique. Dans le but d'offrir le meilleur service qui soit, elle met régulièrement ses connaissances à jour en assistant à de la formation continue plusieurs fois par années.

  • Gwen dit :

    « J’ai eu une césarienne, jsuis correct. » « je vais attendre de finir la famille » « j’ai été voir un physio qui m’a remis en place mais ça tient pas. Jsuis faite de même. » Tellement difficile à faire comprendre l’importance du plancher pelvien!!

    • Noémie Séguin dit :

      Bonjour Gwen, c’est encore effectivement tabou, mais je peux dire qu’il y a une belle tendance qui se dessine à l’horizon. Je comprends que cela peut être frustrant parfois quand on connais à quel point la réadaptation est importante. Il en va de nous toutes de canaliser nos convictions pour faire passer le message, de cette façon nous allons réellement faire la différence! Merci beaucoup pour ton commentaire, j’apprécie énormément!

    • Desiree dit :

      Merci Naomie grâce a vous je sais qu’il ya une rééducation a faire peut importe la voie utilisée lors de l’accouchement.
      J’ai eu une césarienne il ya deux mois j’aimerais faire une rééducation abdominale et pelvienne mais j’ai peur du coût de la rééducation vu que j’ai pas d’assurance privé.
      Je voudrais avoir de plus amples informations à ce niveau.

      • Noémie Séguin dit :

        Bonjour Désiree, merci beaucoup d’avoir pris le temps de commenter et je suis contente que vous puissiez trouver des réponses via le blogue. Effectivement, la réadaptation en clinique privé peut-être cher surtout lorsque l’on a pas d’assurance pour couvrir une partie de frais. Je vais développer au fil du temps encore plus de contenu pour couvrir les différents sujets dont la césarienne. De plus, j’offrirai en 2019 un programme de réadaptation en ligne à faire dans le confort de sa maison et qui sera plus abordable. D’ici-là, vous pouvez vous abonner à la chaîne Youtube pour plus de contenu lié à la réadaptation ou bien vous mettre sur la liste d’envoi pour le programme en ligne dans cette section du site web afin d’être informé lorsque le programme sera disponible.

        Je vous souhaite une superbe journée!

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