C’est quoi une descente d’organe? – Physio Pelvienne, Noémie Séguin Physiothérapeute

C’est quoi une descente d’organe?

Par Noémie Séguin | Tout savoir sur les descentes d'organes / prolapsus

Jan 17

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet qui n’est pas…comment dire…très «glamour». On pense souvent que ce problème ne concerne que les femmes plus âgées, et pourtant, plus de la moitié des mamans devront vivre avec cette réalité. Le pire dans tout cela c’est que la majorité des femmes ne savent même pas qu’elles ont ce problème, car les symptômes se font sentir, la plupart du temps, plusieurs années après le début de son apparition.

Je parle ici de la descente d’organe ou prolapsus. (Bien que ces deux conditions soient légèrement différentes, pour simplifier le tout, nous allons utiliser ces deux termes comme étant des synonymes)

Dans cet article, nous allons aborder ensemble : ce qu’est un prolapsus; comment il se développe; comment évaluer si nous en avons un sans le savoir; quels sont les symptômes qui pourraient nous mettre la puce à l’oreille et nous indiquer qu’il serait temps de faire quelque chose tandis que nous en avons la chance!

Une descente d’organe, ça veut dire quoi?

Comme son nom l’indique, la descente d’organe est la perte de soutien d’un ou plusieurs organes de la région du bassin. Nous avons à cet endroit, l’urètre, la vessie, l’utérus et le rectum.

Tous ces organes sont soutenus par ce qu’on appelle des ligaments, ce sont comme des élastiques qui gardent l’organe à sa place, un peu comme des cordes qui gardent un bateau amarré à un quai. Voir l'image ci-dessous.

En dessous du bateau, il y a de l’eau qui le supporte, on peut considérer l’eau comme l’activité de nos muscles du plancher pelvien. Normalement le travail efficace des muscles permet de mettre un minimum de stress sur les ligaments lors des efforts, ce qui permet à l’organe de demeurer bien en place lors de nos mouvements.

Comme nous en avons parlé à travers d’autres vidéos de blogue, le plancher pelvien ne travaille pas seul. Il travaille en équipe avec les muscles respiratoires et les abdominaux afin de répartir harmonieusement les pressions de l’abdomen à l’effort et éviter qu’elles se dirigent vers les zones vulnérables. Vous pouvez consulter cette vidéo pour plus de détails : "Découvrez les muscles stabilisateurs (le "core") et prévenez les blessures".

Certains évènements de la vie vont faire en sorte de mettre une surcharge considérable sur ces muscles et vont perturber la façon dont ils travaillent en équipe. Les évènements les plus importants pour la majorité des femmes seront la grossesse et l’accouchement. Pendant cette période, la distension des abdominaux, la perte d’amplitude respiratoire, la surcharge de poids sur le périnée et la poussée pendant l’accouchement va perturber grandement le travail d’équipe de tous ces muscles. Ils vont alors commencer à travailler les uns contre les autres et le plancher pelvien va avoir tendance à s’affaiblir. Je tiens tout de même à préciser que d’autres situations peuvent aussi s’ajouter à cela, par exemple: les techniques de levé de charge lourde en bloquant la respiration lors des mouvements d’haltérophilie, des blessures au dos ou une fragilité au dos dans le passé, ou encore, une constipation récurrente.

Il arrive qu’une situation ponctuelle provoque la descente soudaine de l’organe. Cela peut arriver lors de la poussée d’accouchement surtout si elle est longue, très forte et dans une position défavorable, comme la position gynécologique. Une descente soudaine peut aussi arriver à d’autres moments dans la vie, mais le plus souvent, la descente se fait progressivement et insidieusement.

Une fois l’accouchement passé, le corps doit récupérer sa bonne façon de travailler efficacement. Cela prend du temps, certaines mamans vont récupérer spontanément (les chanceuses!), mais pour la majorité ce ne sera pas le cas malheureusement. Les muscles auront besoin de se faire guider pour retrouver leur fonction efficace.

En l’absence de ce travail d’équipe, le périnée s’affaiblit graduellement et n’est plus réactif pour assurer le support lors des efforts. L’organe se retrouve à avoir de moins en moins de soutien actif. Comme si le niveau de l’eau sous le bateau baissait graduellement. Peu à peu, le support du bateau n’est assuré que par les cordes qui subissent à elles seules l’effet de la gravité, mais aussi de toutes les pressions en provenance de l’abdomen.

À chaque toux, chaque éternuement, chaque soulèvement de charge, chaque pas de course ou de saut, les ligaments subissent un stress accru provoquant un étirement graduel et donc, la bascule dans le canal vaginal de l’organe vers la sortie. Ce processus va se poursuivre sur plusieurs années et la rapidité d’évolution va dépendre grandement de votre quotidien, des exigences de votre travail, vos activités physiques et de la ménopause également.

Comment savoir si j'ai une descente d'organe?

Pour être en mesure d’évaluer si vous avez une descente d’organe, il faut d’abord avoir le courage d’observer notre région périnéale!

La façon la plus simple d’évaluer la situation est en utilisant un miroir dans la position debout. La gravité va déjà favoriser l’organe à descendre, contrairement à la position couchée (malgré qu’en clinique, nous évaluons toujours au premier abord en position couché pour ensuite, vérifier dans les autres positions). Dans cette position, vous allez pousser fortement comme si vous vouliez aller à la selle ou comme pour une poussée d’accouchement. Si vous n’êtes pas certaine de bien pousser, vous pouvez aussi tousser fortement quelques fois et observer ce qui se passe au niveau du périnée.

En présence d’une descente d’organe, on va observer la paroi qui tapisse l’intérieur de la cavité vaginale qui bascule vers l’extérieur (la muqueuse). Un peu comme la doublure d’une mitaine qui s’inverse et ressort de la mitaine. Ce n’est donc pas l’organe que l’on voit, mais bien la pression que l’organe exerce sur la paroi vaginale. Cette paroi est rugueuse et présente ce que l’on appelle des villosités, comme si la peau était ratatinée.

Il y a différent degré de prolapsus, qui vont d’une légère ouverture à l’effort (degré 1), jusqu’à une extériorisation complète (degré 4). Lorsque l’on observe cette région pour la première fois ou presque, il peut être difficile de déterminer avec exactitude la sévérité de notre condition. De mon expérience, les mamans voient souvent la situation pire qu’elle ne l’est en réalité. L’important, pour le moment, ce n’est pas de déterminer la sévérité, mais bien de réaliser que malgré l’absence de symptôme, il y a quelque chose de problématique dans la région.

On peut observer une bascule de la portion avant qui soutient l’urètre et la vessie, de la portion haute qui soutient l’utérus (plus difficile à voir de l’extérieur) ou encore de la portion arrière qui soutient le rectum. On peut aussi avoir plus d’un prolapsus à la fois dans certaines situations.

Quels sont les symptômes d'une descente d'organe?

Les descentes d’organe ont tendance à être plus symptomatiques au début de leur apparition lorsqu’elles sont légères, par exemple au cours des semaines ou des mois suivant l’accouchement. Par la suite, on ne les ressent que très peu ou très rarement par exemple, juste avant les règles. Les symptômes refont leur apparition lorsque le prolapsus devient plus important.

Il est aussi important de savoir que la descente de vessie n’amène pas toujours de l’incontinence urinaire et qu’il y a une distinction à faire entre ces deux conditions. Vous pouvez consulter une vidéo de blogue qui est dédié entièrement à ce sujet : "Fuites urinaires ou descente de vessie, quelle est la différence?"

Les symptômes les plus fréquents :

  • Lourdeur, fatigue au niveau du périnée qui descend dans les aines, plus présentes en position debout, après une activité soutenue ou en fin de journée.
  • Impression de ne pas arriver à vider complètement la vessie ou les selles, ou d’avoir toujours envie.
  • Dégouttage en se relevant de la toilette, comme si on ne s’était pas nettoyé correctement ou que l’on s’est relevé trop vite.
  • Perte urinaire à l’effort ou urgences.
  • Présence de selle au niveau du rectum, comme si on s’était mal nettoyé.
  • Difficulté à évacuer les selles, impression de manquer d’efficacité.
  • Sensation de relâchement, de vulnérabilité, que quelque chose bouge/descends dans certains mouvements.
  • Sensation de présence, que quelque chose est descendu, d’inconfort (un peu comme un tampon mal inséré).
  • Irritation, sensation de frottement dans le sous-vêtement.

Bien que le fait d’aborder ce sujet peut faire peur à certaines mamans, je tiens à vous rassurer, il n’y a pas de danger imminent à une descente d’organe. Elle ne vous empêchera pas non plus d’avoir des relations sexuelles satisfaisantes. Cependant, les inconforts qu’elles engendrent, l’inquiétude et la gêne font en sorte que beaucoup de mamans limitent leurs activités, s’empêchent de faire certaines choses comme de faire du sport ou jouer avec leurs enfants, ce qui atteint considérablement leur qualité de vie.

J’espère que ces quelques informations vous permettent de mieux comprendre et vous sensibilise à faire cette petite vérification. Dans notre prochaine capsule, nous aborderons les solutions de traitement pour améliorer la situation. D’ici-là, en cas de doute, n’hésitez pas à nous poser vos questions, à consulter votre médecin ou encore un physiothérapeute près de chez vous!

Vous pouvez aussi consulter nos outils gratuits en ligne, dont un webinaire 100% gratuit qui a lieu deux fois par année!

Pour être encadré dans votre réadaptation pendant la grossesse ou à n’importe quel autre moment de votre vie, vous pouvez vous joindre à notre belle famille de mamans en santé à travers les programmes en ligne de préparation à l’accouchement ou de réadaptation des abdominaux et du plancher pelvien pour toutes les mamans. Vous pouvez également consulter un physiothérapeute près de chez vous!
À très bientôt !

À propos de l'auteur

Noémie Séguin est physiothérapeute depuis plus de 10 ans, elle a développé une expertise en Rééducation Périnéale et Pelvienne en allant suivre une formation de 2e Cycle Universitaire dans cette discipline. Elle a fondée la clinique Physio Pelvienne en 2012 et aidé des milliers de personnes à retrouver leur qualité de vie. Passionnée et ayant à coeur que cette expertise devienne plus connue et accessible, elle poursuit sa mission à travers ce blogue informatif et le développement de programmes de réadaptation en ligne en plus de poursuivre sa pratique clinique. Dans le but d'offrir le meilleur service qui soit, elle met régulièrement ses connaissances à jour en assistant à de la formation continue plusieurs fois par années.

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